J’ai rencontré Valérie, connue sous le nom de Mademoiselle Rêve, il y a quelques années dans ma Maison. La connexion a été immédiate. Remplie de douceur et de poésie, elle a développé l’art de la méditation énergétique, du Thétahealing pour nous aider à prendre soin de notre écologie intérieure. A l’époque, elle était à la recherche de son havre de paix pour y développer son activité. Il y a 2 ans, elle rencontre avec Marco, son homme, une ancienne usine, abimée, oubliée par le temps, en Normandie. Le coup de foudre est immédiat. Aujourd’hui, elle y a posé ses valises et nous parle avec douceur et sérénité de sa vision de la Maison, de comment, avec Marco, ils ont réussi à passer au dessus de retards et des contraintes pour trouver en pleine harmonie, la paix…

C’est quoi la maison pour toi ?
Pour moi, la maison est une résonance. Elle se fait l’écho de nos envies, nos désirs, nos rêves, en les amplifiant, engendrant alors des élans, ou en prolongeant certains états de bonheur, de bien-être, d’amour déposés en ses murs…
Au cours de ma vie, j’ai vécu dans plusieurs dizaines d’habitations différentes, chaque déménagement, chaque lieu est une nouvelle page de notre histoire personnelle. Et toutes ont eu un rôle d’accompagnement épousant parfaitement mes besoins émotionnels du moment : cicatriser des blessures, se retrouver, se réinventer…
Elles détiennent une résonance unique de mon histoire. Lorsque je suis devenue la “maman solo” de mon fils alors âgé de 18 mois, nous avons vécu dans un appartement intermédiaire, le temps de reprendre des forces. Ce logement tel un cocon nous a permis de trouver un nouvel équilibre et m’a donné l’énergie d’acheter mon premier appartement seule. De toutes mes habitations jusqu’à l’usine, et même s’il a été le plus petit de tous, ce fut mon préféré. Nous y avons vécu une vie très joyeuse. Et c’est d’ailleurs à cette époque que j’ai rencontré Marc Antoine avec qui je partage l’aventure de l’usine… Cette habitation a aussi abrité les premiers pas de notre histoire d’amour.
J’avais hérité de cet appartement un joli cadeau de la précédente propriétaire : un grand vaisselier haut que j’adorais et qu’il m’a été impossible de réinstaller dans mes logements suivants. Il a passé 18 ans dans des gardes-meubles, chez des amis… jusqu’à l’usine… Avec une joie immense, nous l’avons installé dans notre cuisine il y a quelques mois, et je suis touchée par la symbolique reliant désormais ces deux maisons et ces deux périodes très heureuses de notre vie.
Ici, dans ce nouveau lieu que nous réhabilitons, j’ai le sentiment que tous ces chapitres ouverts dans mes habitations précédentes, forment désormais à eux tous un ensemble cohérent. Le réceptacle de cette histoire est l’usine, comme si elle reliait toutes ces périodes à la fois, passé, présent et futur.
Et je crois que cette reliance personnelle fait écho à celle que vit aussi l’usine à travers nous. Raison pour laquelle nous avons tant à cœur de réutiliser tout ce qui était déjà présent ici, avant nous.


Trouves-tu que ta maison est un lieu qui te ressemble ? Pourquoi ?
Je ne saurais dire si c’est elle qui me ressemble ou si ce n’est pas plutôt l’inverse… Ce qui est troublant, c’est qu’elle semble évoquer mes valeurs profondes, telles la simplicité et l’humilité, et je suis touchée de les retrouver dans cet espace… Je suis peut-être comme un prolongement d’elle-même, après tout, elle était là avant moi.
La simplicité, parce que par la force des choses, et au travers de notre parcours de vie, j’ai appris le dépouillement, un certain minimalisme forcé… provoquant une grande faculté d’adaptation, de résilience comme on le dit aujourd’hui… en lien avec le foyer, l’habitation, ce qui la compose, etc… Et même si ce parcours a été rude, nous avons énormément appris, et j’ai le sentiment que la rencontre avec l’usine est possible aujourd’hui grâce aux apprentissages dus aux épreuves passées.
Elle est pour nous comme une revanche sur cette période de notre vie, et probablement nous fallait-il vivre ceci pour être à même de déployer toute l’audace et l’énergie nécessaires à cette réhabilitation ! Et si on vit la rénovation dans un profond respect du lieu, guidés par le simple désir de lui rendre vie, alors oui, je parle d’humilité.
Elle n’est pas à ma merci pour y faire entrer tous mes caprices. J’aime l’idée, à l’image des personnes que nous aimons, de simplement nous adapter. Je m’adapte à ce lieu, je l’accepte avec ses imperfections, et j’adapte mes envies dans le respect de ce qu’il est, de son histoire… un peu comme dans un couple. Ensemble, nous formons une matière plus dense, plus puissante.
Alors je puise ici son énergie, sa pointe de folie (ici, on danse tout le temps), elle vient réveiller, appeler ce qui était un peu enfoui en moi, à l’image de ce que nous faisons pour elle en réveillant ce lieu endormi depuis si longtemps…
J’ai peut-être une façon très “entière” ou poétique de vivre les choses, mais je découvre qu’une rénovation est tout sauf anodine… chaque geste que nous effectuons pour la restaurer est doté du désir sincère de lui faire du bien, et j’ai le sentiment qu’elle le sent. En retour, elle m’emmène sur des chemins de travail intérieur…
Par exemple, lorsque nous avons nettoyé la vase dans le canal qui passe devant l’usine, j’ai étonnamment été emmenée à ce moment-là, à dépoussiérer un peu plus profondément quelques zones d’ombres du passé… Que je saisisse seule ces occasions de cheminement intérieur, ou qu’elle me le souffle… ce qui est certain, c’est que je me sens liée à l’usine, d’une manière assez fusionnelle.
Finalement, l’image la plus fidèle de la manière dont je vis cette relation est celle de l’art du Kintsugi… Nous sommes elles et moi un peu cabossées, cassées, et cette rénovation nous donne l’occasion de creuser un peu plus les fissures afin de mieux les imbriquer l’une avec l’autre, avant d’y déposer l’or leur permettant de se ré-unir et de sublimer la pièce finalisée. Faire de nos blessures respectives, une force commune.


Qu’est ce qu’il fait que l’on se sente bien dans une maison ?
C’est tout d’abord ce qui n’est pas palpable et difficile à décrire, l’ambiance, les énergies du lieu… Si vous fermez les yeux lorsque vous êtes dans une maison, et que vous tentez uniquement de vous concentrer sur vos ressentis, alors vous savez ce dont je parle… C’est ma seule et unique boussole, je n’ai jamais choisi autrement mes lieux de vie…. Sauf une fois, pour faire plaisir à mon amoureux… et ça a été une catastrophe 🙂
J’ai le souvenir d’une artiste céramiste m’expliquant qu’elle “tournait” ses pièces les jours où elle était suffisamment en forme et joyeuse, pour éviter de laisser l’empreinte de ses mauvais jours, sur ses créations. Je vois la maison de la même manière, en se l’appropriant, en la rénovant, chaque geste déposé est une empreinte qui restera. Raison pour laquelle nous sommes très attachés aux matériaux utilisés, ainsi qu’au fait d’intervenir nous-même, autant que possible dans le processus de rénovation. Notamment pour les sols et les murs, j’aime l’idée peut-être poétique d’y laisser l’empreinte de notre motivation et de l’amour que nous éprouvons pour l’usine !





Tu as eu un véritable coup de cœur il y a 2 ans, pour une ancienne usine, comment as-tu rencontré ce lieu ?
En fait, le coup de cœur a eu lieu avant le covid… On venait de passer deux années à chercher, visiter, et toujours pas le coup de cœur que nous espérions..
Un soir, on découvre une annonce sur leboncoin avec des photos plutôt laides, mais on réagit néanmoins à des mots ; “projet fou”, “amoureux de campagne”, et à la situation géographique vraiment proche de Paris, là où notre budget nous contraignait à chercher bien plus loin…. On l’avait géolocalisée, alors nous sommes partis à sa recherche dès le lendemain matin.
C’est un dimanche d’octobre, il fait un temps exécrable. En à peine plus d’une heure, nous arrivons devant le bâtiment, dans une adorable vallée verdoyante… j’ouvre la portière…. et là, je tombe amoureuse des sons avant même d’entrer dans l’usine, instantanément séduite par le chant des oiseaux et la quiétude du lieu…
Bon, l’usine est dans un état improbable. Le bâtiment est sain, mais abandonné depuis une trentaine d’années. A l’intérieur c’est le chaos. On peine à circuler tellement c’est encombré, la pluie tombe des toitures. Je suis de mon côté totalement subjuguée… et Marc Antoine, pas du tout ! Il la voit telle qu’elle se présente, et moi, je ne sais pas comment l’expliquer aujourd’hui, mais tout est tellement évident à ce moment-là… je ne ressens pas l’ombre d’un doute. Ce bâtiment est pour nous ! Je n’y connais rien en travaux, mais cela me semble possible. Marc Antoine, lui, s’y connaît et ça lui semble beaucoup trop gros.
Nous repartons en direction de Paris, et en moins d’une demi-heure, après quelques échanges dans la voiture, c’était décidé, on l’achetait ! C’était une occasion unique d’avoir un espace vraiment original, beau et grand, pouvant accueillir tous nos rêves, toutes nos envies. On s’est dit que même si cela devait prendre du temps, en attendant on profiterait d’un environnement de dingue caché dans la verdure à une heure de Paris!
On ne l’a su que bien après, mais ce qui est fou, c’est que durant les 30 dernières années, le propriétaire avait refusé des dizaines d’offres d’achat alors supérieures à la nôtre…
C’est tellement incroyable d’imaginer que nous la dénichions sur leboncoin presque sur un malentendu 🙂 Au fond, ce qui est amusant c’est que tout le monde a pensé que nos métiers dans l’immobilier avaient favorisé cette découverte. Mais en fait, pas du tout !!
Aujourd’hui, nous sommes convaincus qu’elle nous attendait. Comme pour une histoire d’amour, parce que c’était elle, parce que c’était nous. En tout cas, nous, on aime bien cette idée.

L’usine a été un véritable tremplin pour un changement de vie, peux-tu nous parler de ce projet un peu fou ?
A l’époque où on rencontre l’usine, nos activités professionnelles sont sur Paris. Le projet est essentiellement des week-ends au vert, des vacances en famille, entre amis…. et pour moi, un espace propice au développement d’activités orientées autour de la méditation. J’entamais alors une reconversion professionnelle en ce sens.
Alors que le processus d’achat a été extrêmement long, c’est à partir du moment où nous récupérons l’usine, que les planètes s’alignent et que tout arrive en même temps !
Marc Antoine est sollicité pour intervenir sur un projet de reprise d’entreprise, une très belle maison de spiritueux justement basée… en Normandie !
Contre toute attente, cela nous permet de nous installer définitivement dans l’usine. De mon côté, j’en profite pour quitter mon ancienne vie professionnelle. Je me lance à plein temps dans le soin des autres, via la méditation et une pratique d’accompagnement à l’image de l’hypnose. Et c’est là que l’usine en bordure de rivière devient un écrin parfait pour ce nouveau projet.
A cette époque, la petite maison qui jouxte l’usine est inhabitable (nous avons dû la faire traiter pour un problème de mérule). Alors nous décidons de créer notre habitation dans une construction située directement dans l’usine. Une partie qui autrefois s’appelait “l’atelier des femmes” (l’activité originelle de l’usine était une filature). Nous l’avons baptisée “la boîte blanche” pour sa forme rectangulaire, et sa façade toute blanche, vue depuis l’intérieur de l’usine. Elle me rappelle les maisons typiques d’Ibiza.
Cet espace a été mon coup de cœur lorsque j’ai visité l’usine. Car ici s’ouvre une immense verrière sur un paysage de campagne à 180 degrés ! J’ai su dès cet instant que la cuisine serait à cet endroit ! Nous avons donc aménagé tous les deux cet espace “provisoire” en quelques semaines, et nous y vivons toujours.
On peut dire que ces deux années ont constitué une phase préparatoire à la réhabilitation de l’usine : nous avons bâti un lieu d’habitation pour vivre sur place, amené l’eau, l’électricité, le système d’assainissement, etc. Car en gros, il n’y avait rien lorsque nous sommes arrivés.
Nous avons enfin la disponibilité d’esprit pour nous concentrer sur la phase « démarrage du projet grands travaux » (presque deux années nous ont été nécessaires pour faire le tri dans l’usine, conserver tout ce qui sera réutilisé, adapté, recyclé, et vider tout le reste).
Disons aussi que vivre sur place avant de figer les envies ou arrêter des plans nous a semblé important : nous souhaitions observer où se posait la lumière, ressentir de plus près la façon dont nous pourrions vivre ici, évoluer dans cet espace… Et puis cela nous a apporté énormément d’inspiration sur le choix des matériaux, matières et objets dont on avait envie de s’entourer ici. A notre sens, les matières naturelles, les matériaux nobles forment la plus belle des décorations…
Par exemple, nous réutilisons de vieilles planches de coffrage pour les sols du studio de méditation et de la future maison d’hôte, renforçant le côté brut de l’ensemble, tout en conservant un matériau que nous affectionnons : le bois, dans des conditions financières intéressantes.
Nous avons de plus hérité d’un nombre important de poutres longues de plusieurs mètres en chêne et bois exotiques, elles seront réutilisées pour créer des structures, des meubles, des étagères, etc.. La première création sera d’ailleurs un immense banc provenant d’une poutre de traverse, il s’agit vraisemblablement d’un bois exotique, de couleur proche du teck. Le bois est superbe. Je suis honorée de l’accueillir dans mon espace de travail et de détente.
Et puis, on a découvert récemment une matière magique issue d’une recette ancestrale japonaise : un enduit organique très vertueux. Composée de fibres de bambou, coton et soie, il est 100% naturel et possède des vertus étonnantes… Plusieurs murs du studio de méditation seront anoblis grâce à cette matière renforçant ainsi l’effet cocon.
Notre rénovation sera rythmée par la réutilisation de toutes les portes, fenêtres, verrières remplacées ou déplacées et par le détournement d’objets comme ce que nous avons longtemps cru être un ancien four industriel qui est en fait une ancienne presse mécanique, et qui va se transformer en bar. Cela devient presque un jeu.
Aujourd’hui nous nous sentons prêts. Et puis concrètement, ces 2 années nous ont aussi permis d’avoir des situations plus rassurantes vis à vis des banques. Même s’il va falloir être financièrement inventif pour boucler ce projet…











Quelles sont les choses qui te procurent du plaisir dans ce lieu?
Je pourrais dire que c’est une alliance de lumières, de matières brutes et de nature qui semblent créer une symphonie parfaite pour nos sens.
Car la rencontre avec ce lieu est avant tout une histoire de lumière… tout au long de la journée, elle danse sur les murs, les reflets lumineux de la rivière rebondissent sur les plafonds, les feuilles des arbres s’envolent et semblent se déposer sur les sols bruts, et malgré ce temps figé depuis si longtemps, tout est mouvement… nous offrant à chaque instant un spectacle presque sensoriel.
Je pourrais dire aussi que c’est le fait de se sentir inspiré par l’énergie que dégage l’usine, ses vibrations qui nous rappellent que nous sommes désormais partie intégrante de cet environnement, et que cela constitue en soi une expérience réellement gratifiante.
Mais je crois que ce qui me procure le plus de plaisir, et m’émeut profondément, c’est la poésie du lieu, et d’observer sur le visage de l’homme que j’aime, le bonheur qu’il ressent à vivre ici.
Pour nous, ce n’est pas seulement un lieu. Ce n’est pas seulement une rencontre. C’est une résonance.


Merci beaucoup Valérie pour ce bel échange rempli d’émotion et de poésie. Les bâtiments industriels c’est un peu ma passion, alors, je reviens vite voir les avancements de l’usine… Mais avant de revenir, allez visiter l’usine (dans la vidéo ci-dessous) en écoutant Valérie et sa belle vision d’une Maison pour soi


Une réponse à “Rencontre poétique avec Valérie qui a fait d’une ancienne usine, sa maison”
magnifique reportage!! 👏👏👏
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